Avec un père cuisinier, Marie Gricourt disposait des gênes nécessaires pour embrasser une carrière culinaire. Après un CAP et un BAC cuisine obtenue entre 2011 et 2013 au CFA Médéric, elle va ensuite forger ses acquis auprès de Fréderic Anton du Pré Catelan, Jean-Yves Leuranguer du Fouquet’s, ou encore Eric Frechon du Bristol. Après, elle rejoint, de mai 2017 à avril 2019, l’Elysée, où dans les cuisines de cette institution, officie Guillaume Gomez, MOF 2004, et son équipe. Elle devient alors la première femme à occuper ce poste. En mars 2020, suite au soudain départ d'Aurélien Largeau* de la Table d'à Côté* à Ardon début 2020, elle saisit l'occasion qui lui est offerte de lui succéder. Elle n'y restera (tiens donc !) que 2 ans et 6 mois. Elle prend alors une pause annuelle pour concrétiser son objectif, créer son restaurant. Et le 20 septembre 2023, elle ouvre "Gric", un surnom qui la suit depuis son enfance. Pour cette nouvelle aventure, elle s'entoure de Maud Boksebeld, une Lorraine convertie à la madeleine de Commercy et de Maëlle Jambou, une Bourguignonne dont la spécialité est le Jambon à la Chablisienne. Après avoir exploré différentes formules dont celle très peu rentable du "brunch du dimanche matin", elle fignole et finalise ses propositions avec un menu à 28 € 00 en 3 services (uniquement servi au déjeuner du mercredi au vendredi), un menu dégustation en 5 services pour 55 € 00 (disponible seulement le soir pour l’ensemble de la table) et une courte carte de 12 suggestions.
Début juillet 2024, je reçois un post de Rémy Giraud qui me conseille vivement de tester sa cuisine avec ce commentaire : "Ça a plus de goût que chez qui tu sais, c'est identifiable, pas alambiqué, intelligent et de saison. Le tout sans se ruiner. Marie et son équipe sont adorables. La cuisine française que j'aime." Seul problème, c'est que Rémy, grâce à sa notoriété, a bénéficié du menu dégustation pour un service du midi. Et faire le soir le trajet Chailles-Orléans-Chailles pour ce menu, je n'ai pas envie ...
* Après le buzz médiatique national fin décembre 2023 pour un bizutage qui se serait déroulé dans les cuisines de l'Hôtel du Palais de Biarritz le 2 décembre 2023, la direction de ce palace a licencié le chef de ses cuisines, Aurélien Largeau, le 19 décembre. Une procédure que certains trouveront bizarre du fait de la proximité des fêtes de fin d'année. Mais ce jeune et talentueux chef, auquel j'ai consacré plusieurs articles dans mon site, a su faire front pour retrouver une activité à la hauteur de ses capacités professionnelles. Et en octobre 2024, il s'est installé à Biarritz en lieu et place du Sillon. Cerise sur le gâteau, le 31 mars 2025, sa table décrochait l'étoile !
L'attente pour découvrir cette table devenant quand même un peu trop longuette, notamment après avoir appris fin novembre 2024 que le trio avait décroché le titre de "champion du monde de l'œuf mayo", j'ai réservé deux places au comptoir pour le déjeuner du 3 mai 2025, mais en l'agrémentant de cette observation : "Dommage que je ne m'appelle pas Rémy Giraud pour bénéficier du menu dégustation !". Et le 23 avril, avec la confirmation de notre réservation, je découvrais ce rassurant message : "Bonjour, pas besoin de s'appeler Rémy Giraud 😉 !"
Sitôt arrivés et en place au comptoir, Marie Gricourt nous confirme que la prestation du menu dégustation est à l'ordre du jour. Toutefois, il sera un peu spécial, car non pas constitué de 5 services ... mais de 8 dont 6 seront à partager (Cf. la vidéo ci-dessous !).
Ce n'était pas la motivation essentielle de notre venue, quoique, mais il n'était pas question de rater les Œufs mayonnaise, céleri rémoulade et sarrasin soufflé. Et c'eût été effectivement un pêché de frugalité. Beaucoup de goût, de maitrise, de recherche créative avec notamment cette lumineuse idée d'associer dans cette préparation deux entrées bistrotière emblématiques comme l'œuf mayo et le céleri rémoulade, qui au final affichent une complice et efficace complémentarité.
Depuis une incursion en juin 2019 à Barcelone, nous adorons le "Poulpe". Pour ce deuxième service, à partager, le poulpe cuisiné ici s'insère dans la même veine. Cuit à la perfection et donc très tendre, son triple accompagnement saucier est remarquable. Quant à la seconde entrée, avec ses petits pois dont la peau a été éliminée (jamais vu ça, une grande première !), c'est très goûtu, avec cette remarquable association stracciatella et basilic. Quant au caviar, je ne vois pas pourquoi il est utilisé. Mais nous l'avons mangé !
Nous attaquons la découverte des plats principaux avec deux préparations à nous partager : des Gnocchis de pomme de terre, asperges, Comté, ail des ours et un Maigre, poireau grillée, beurre blanc échalote, laitue de mer, pomelos, champignon. Une fois de plus, c'est très maitrisé, que ce soit au niveau des cuissons et de la complémentarité des produits. Rien ne dénote, même si je trouve que l'ail des ours commence à un peu trop envahir la cuisine actuelle.
Pour le plat de viande, pas de partage, nous avons chacun le nôtre. Il s'agit d'une Épaule d’agneau confite, curry vert, boulgour, pois gourmand. Ce sera le plat phare de notre déjeuner. Tout y est ! Moelleux de la viande, épices subtilement dosées, accompagnement légumier varié et impeccable. L'ensemble est envoûtant, bref une totale réussite !
Reste le test des "desserts". Au nombre de trois à la carte, Marie Gricourt a fait le choix de nous en servir deux à nous partager. Le premier est un Riz au lait, brownie, noisette, caramel, sauce chocolat et le second une Pavlova, fraises, crémeux vanille matcha, fraises de Mareau-aux-Prés. Le Riz au lait est très réussi et se révèle conforme à mes souvenirs papillaires associés à cette emblématique spécialité régressive. Par contre, j'ai moins tilté sur la Pavlova. Il faut aussi dire que le "Matcha" n'est pas ma tasse de thé ... préférée ! Pourtant la Pavlova est une sucrerie que j'adore, mais là ça n'a pas été le cas.
Côté associations vineuses, la carte des vins, sans être pléthorique, est suffisamment bien pourvue pour permettre à chacun de trouver son bonheur. Elle nous a permis d'apprécier un Crémant de Loire de Sophie & JC Bonnin pour l'apéritif, puis d'accompagner notre menu avec un verre de vin blanc (100% viognier, sans la précision IGP Collines Rhodaniennes) de chez Bott et un verre de Saint-Joseph rouge (100% syrah), toujours de chez Bott. En revanche, la sélection des Champagnes fait trop la part belle à ceux des grandes maisons. Il est ainsi dommage qu'au verre, que soit suggéré le brut Classic de chez Deutz, un breuvage très moyen dont le dosage autour de 8 g/l est une faute de goût, plutôt que celui d'Anthony et Clémence Toullec. D'autant que ces artisans vignerons produisent un remarquable rosé de saignée dosé à 2 g/l, qui plus est à un prix des plus corrects ! Par ailleurs, il y a encore pas mal d'erreurs dans le libellé de certaines bouteilles, surtout dans la carte mise en vitrine sur le site (Pouilly Fumée, Montlouis, Menetout-Salon ...). Sébastien Durance, toi qui es venu faire ici un dîner à six mains avec Bastien Amiard, fait quelque chose pour l'améliorer !
Gric
Cheffe et propriétaire : Marie GRICOURT
L'équipe : Maud BOKSEBELD & Maëlle JAMBOU (cuisine),
Dorian GUILLEMIN (maître d'hôtel) & Margaux VIOLETTE (salle) et Barthélemy GOUMOKOYEN (plonge)
8-10 rue des Halles
45000 ORLEANS
Tél. : 02 38 53 16 45
Email : [email protected]
Site : www.restaurantgric.fr
Ouvert : mardi soir et du mercredi au samedi, midi et soir
Depuis le meurtre de Mathis Marchais du 27 avril 2024, plus aucun déjeuner ou dîner ne sera comme avant dans le restaurant de Cécile Cacciatori et Christophe Marchais. Mais c'est comme ça. Il faut désormais faire avec et ne pas sombrer dans le pathos d'autant que Cécile et Christophe font preuve d'une incroyable résilience. Ce 10 mai 2025, histoire d'être en phase avec un certain dress code initié par Christophe, mais non imposé, c'est habillé de vêtements roses que nous sommes présentés à Jeux2Goûts. Et pour apporter un côté festif à notre venue, nous leur avons remis une bouteille de Prosecco dans le même esprit !
Après une coupe de Champagne de Pierre Gimonet & Fils pour accompagner nos trois amuse-bouche, dont je n'ai pas retenu l'intitulé, nous passons directement au plat inscrit parmi les suggestions du chef, à savoir de la Langouste ! Et faute de langouste "rose" pour rester dans le thème, dont la pêche s'effectue en Méditerranée, ce sera une Langouste rouge Royale des Sables d'Olonne. Christophe la cuit (parfaitement !) au barbecue et l'associe à une délicieuse sauce blanquette, une très bonne purée de pommes de terre à l’estragon et du citron caviar. Niveau accord vineux, le Chardonnay 2024 VDF de Romain Paire cultivé sur un sol granitique a du caractère et fait merveille. Je ne connaissais pas la production de ce vigneron, mais Cécile a eu le nez creux en le sélectionnant.
Compte tenu de la texture de ce crustacé et de la portion servie, nous passons directement au dessert. Pour Pascale, ce sera un Gianduja crémeux, citron Syracuse en sorbet, pistaches de Sicile cristallisées et feuilles de cacao, et pour bibi, L’orange et le pamplemousse frais, confits et en gelée au miel, sorbet pamplemousse, tuile craquante aneth/basilic, deux douceurs parfaitement orchestrées. Il ne nous restait plus qu'à faire honneur aux trois mignardises et à nous prendre en photo avec Christophe pour mémoriser cet excellent déjeuner ! Mais aussi à prendre livraison de l'Aspergier, une création née d'un défi lancé à Christophe par un fidèle client pour répondre au traditionnel Fraisier ! Cette création m'ayant tellement enthousiasmé que j'ai tenté l'aventure de la reproduire et de la mettre en scène pour un déjeuner du 1er juin 2025. Et je dois avouer, qu'aux dires de mes invités, je m'en suis bien tiré !
NB : des travaux de restauration sont actuellement en cours à la Maison Mellottée de Châteauroux qui abritait les anciens magasins Seron construits entre 1910 et 1913. Sa réhabilitation devrait conduire à créer un lieu convivial pour les castelroussins composé d’une micro-brasserie ainsi que d’un bar-restaurant dont les offres culinaires seraient supervisées par Christophe Marchais. L'ouverture est prévue fin 2026.
Christophe Marchais doit également aménager une boutique consacrée aux produits festifs.
Jeux2Goûts
Chef et propriétaire : Christophe MARCHAIS - Salle, sommelière et propriétaire : Cécile CACCIATORI
40/42 rue Grande
36000 CHÂTEAUROUX
Email : [email protected]
Site web : https://jeux2gouts.fr
Fermé dimanche et lundi
Après avoir organisé des journées portes ouvertes chaque année dans sa cave des Montils, désormais Thierry Puzelat partage ces festivités vineuses à tour de rôle avec deux autres vignerons, Hervé Villemade et Pierre-Olivier Bonhomme, ce dernier se déclarant "artisan du vin nature", ce qui ne l'empêche pas d'ajouter jusqu'à 30 mg/l de sulfites ! Comme quoi les soi-disant vignerons nature se foutent bien de notre gueule ! A ce propos, deux vidéos hilarantes trainent sur YouTube : 1 et 2.
Ces 17 et 18 mai 2025, c'est donc au Clos Tue-Bœuf, distant d'à peine 5 km de chez moi, que nous avons passé une partie de fin de matinée et de début d'AM, histoire de faire connaissance sur le coup de 13 heures avec de la cuisine géorgienne élaborée sur place par Minda pop-up, une expérience intéressante et réussie !
Notre séance a commencé avec les vins du Clos du Tue-Bœuf. La gamme des VDF blancs m'a particulièrement séduite, notamment le 2024, le 2024 "Petit Buisson, le 2023 Buisson Pouilleux, le 2023 Frileuse, ou encore le superbe Brin de Chèvre 2023. J'accorderais une mention toute particulière à "Les Madères" 2021 100% chenin, à la structure intense et profonde, un grand vin.
J'ai été relativement déçu par les vins géorgiens dans lesquels je n'ai pas retrouvé l'enthousiasme qu'il m'avait suscité lors de dégustations en 2022.
Déçu aussi par le Morgon 2022 de Foillard sans amplitude papillaire.
Emballé par le VDF 2024 "Berceau des Fées" et le sublissime Savennières 2023 de Tessa Laroche mais pas par leurs prix !
Emballé également par la cuvée "Pipelette" du domaine de la Goguette, très floral et envoûtant, dont j'ai attendu en vain son élaborateur pendant plus d'une demi-heure ... resté dans le barnum.
Pour finir, j'ai testé quelques vins du domaine Yoyo (Elaborateur de VDF millésimé Banyuls, ce qui est une tromperie tolérée par l'AOC !) et je n'adhère toujours pas à cette production !
Clos du Tue-Bœuf
Zoé, Louise & Thierry PUZELAT
6 route de Seur
41120 LES MONTILS
Tél. : 02 54 44 05 16
Email : [email protected]
Site : www.puzelat.com
A l'occasion d'une incursion sur Sancerre en septembre 2015, j'avais découvert, et grandement apprécié, les fabuleux Chavignol de Romain Dubois "repassés" 3 mois en pots de grès.
Pour un retour dans ce village sanctuaire du cépage sauvignon, histoire de tester la nouvelle table étoilée "La Pomme d'Or", je me devais bien de "repasser" dans l'une des 2 boutiques de ce fromager/affineur pour y faire quelques emplettes fromagères. Celle de Chavignol se trouvant sur notre trajet, nous nous y sommes arrêtés.
Pour les Chavignol* (AOC depuis 1976 et AOP depuis 1996), j'ai fixé mon choix sur 3 des 4 types d'affinage proposés ici ("frais" exclus), à savoir 1 mois, 2 mois et 6 mois. Oui, vous avez bien lu, 6 mois ! Les "repassés" ont doublé leur durée d'affinage en pots de grès et sont encore plus goûtus, avec une étonnante structure moelleuse et fondante, pas du tout sèche pour une telle durée !
Histoire d'élargir mon plateau de fromages, je l'ai complété avec 2 excellentes Tome de chèvre fermière "maison", 2 estimables Fromages de vache "maison" et une barquette de "bouchons à l'huile". Ces derniers, beaucoup trop salés, ont été unanimement décriés par mes invités du jour, surtout par rapport à la précellente fabrication similaire de la Chèvrerie du Fay.
* l'appellation "Crottin de Chavignol" est également admise
Fromagerie Dubois
Romain DUBOIS
Le bourg
Place de l’Orme (sur la place du village)
18300 CHAVIGNOL
Tél : 02 48 79 27 65
Ouvert du lundi au dimanche : 9h30/12h00 et 14h00/18h30
Fromagerie Dubois
Romain DUBOIS
1262 rue des Champs
18300 SAINT-SATUR
Tél : 02 48 72 96 77
Ouvert du lundi au vendredi : 7h30/12h00 et 14h00/18h00
et samedi : 9h00/12h00 et 15h00/18h00
Site web : www.romaindubois-affineur.com
Se prendre 365 jours dans les ratiches à chaque anniversaire (et 366 les années bissextiles !), ce n'est pas forcément réconfortant et stimulant ! Aussi, pour mieux faire passer la pilule, je n'ai rien trouvé de mieux que de déjeuner dans un restaurant connu pour la grande qualité de sa cuisine !
Il n'y avait plus à Sancerre de table étoilée depuis 2019 (La Tour). Aussi, le Michelin ayant accordé ce type de faveur à celle de La Pomme d'Or dans son édition 2025 n'a pas manqué d'attirer mon attention. La consultation du site et l'examen des gourmandes propositions tournant autour des ressources maritimes m'ayant séduite, réservation y a été faite pour le déjeuner du 22 mai 2025.
Situé dans un lieu historique du haut de Sancerre, La Pomme d'Or, tour à tour Relais de poste, Bar et Restaurant, est devenu en 2022 la halte gourmande de Justine Heuzé (sommelière) et de Yann Tournier (chef) où ces deux jeunes de moins 25 ans, ont pris la suite de Didier Turpin, dont le Bib gourmand brillait à son frontispice depuis 1999.
Trois menus sont disponibles. Ils répondent, en fonction de leur contenu, aux appellations "Découverte", "Armor" et "Argoat". C'est ce dernier que j'ai coché à ma réservation, même si Argoat, qui en breton signifie Bretagne intérieure "boisée", n'est pas le terme le plus approprié pour le contenu très maritime de ce menu !
Le local dispose de peu de places, une vingtaine au maximum, et la réservation s'avèrera judicieuse, voir obligatoire, si vous ne voulez pas faire le trajet pour rien. Après consultation de la carte des vins, une coupe de Champagne s'est très vite imposée, surtout à 12 € 00 les 12 cl ! Et un Champagne de propriétaire en plus, celui du domaine Pierre Gerbais repris aujourd'hui par Aurélien, qui n'est pas avare d'informations sur son étiquette, contrairement à beaucoup d'autres, beaucoup trop d'ailleurs. Extra-brut (donc avec un dosage inférieur à 6 g/l), Cépages qui le composent (Pinot noir, Chardonnay et le rare Pinot blanc), Millésime (2021) et Dégorgement (Juin 2024). Au final, un breuvage bien équilibré, parfait pour débuter nos hostilités, une fort belle découverte.
À l'image des mousquetaires, les amuse-bouche sont au nombre de 4, et jouent dans des registres différents tout en restant collectifs (un pour tous, tous pour un !) et donnent le ton de la partition haut de gamme qui va nous êtres servie : Tartare de dorade, condiment vinaigré et moutarde nordique - Onctueux de chou-fleur, œufs de truite, noisette et lamelle de radis -Bonbon de truite, condiment persil/gingembre/prune déshydratée - Coque en gelée, ? fumée et pain croustillant.
Pour notre premier service, Justine Heuzé nous dépose une assiette recouverte d'une émulsion à la rhubarbe et d'un trait de poivre Karimunda. Cette émulsion cache des bâtonnets d'asperges blanches juste flambés, une aile raie confite et un beurre noisette. Nos papilles sont joyeuses et ravies !
La deuxième ressource maritime proposée est un trio composé de maquereau, qui échappe ici à la mode de son flambage au chalumeau, un instrument avantageusement remplacé dans cette fonction par du Rhum, d'encornet grillé et de dorade (rose, royale, grise ... ?) marinée. L'ensemble est soutenu par un délicat et impeccable onctueux de pomme de terre infusé au safran.
L'attente pour le troisième service est un peu longue (30 minutes !). Le poisson du jour est un lieu jaune de ligne d'Erquy. Il est maturé, c'est à la mode, mais aucune précision n'est fournie sur la durée de cette maturation ! Et empêtré dans mes problèmes de carte micro-sd lente et récalcitrante, je n'ai pas pensé à demander les précisions nécessaires. L'accompagnement légumier se compose d'asperge verte, d'un condiment yuzu/miel, de mizuna pourpre et verte, et trois coulis (épinards, livèche et fromage blanc fumé maison). Le poisson est cuit tiptop et l'équipage verdurier se révèle pertinent et harmonieux. Pour ces 3 premiers services, nous avons fait le choix vineux d'un Sancerre blanc 2022 "Cuvée prestige" de Daniel Crochet qui se révèle fruité et tendu, finement ciselé, et s'acquitte très bien de sa tâche.
Pour le quatrième service, on change de braquet gustatif avec du rouget, breton en plus (grâce au réchauffement climatique !!!). J'adore ce poisson de roche au goût particulièrement corsé et surnommé à juste titre la "bécasse des mers". Il nécessite l'orchestration d'une association à la hauteur de son tempérament. Notre chef d'harmonie Yann Tournier y a parfaitement veillé en lui offrant un goûtu ragoût de fèves (au Maury ?), un jus d'étrilles au Sancerre rouge bien troussé et une fine et croustillante gavotte à l'encre de seiche. Bref, une superbe conclusion océanienne pour ce déjeuner qui fait honneur à sa récente distinction étoilée. Depuis un passage à Magescq, associer un vin de rouge avec un poisson comme le rouget est devenu une évidence. Me trouvant en Sancerrois, je ne voyais pas d'autre collaboration vineuse sans un Sancerre rouge (100% pinot noir, donc !). Justine Heuzé a distingué la cuvée "Mainbré" du Dne Pré Semelé de Julien et Clément Raimbault. Millésimé 2022, sa bouche est intense sans être trop tanique, et ne surtout manifeste pas ses 14°5 !
Place maintenant à l'opus sucré. Dommage que pour celui du prédessert ma DJI Osmo pocket 3 ait manifesté de faire une pause ! Je n'ai donc pas pu filmer Justine raclant la clayette de miel pour en extraire un miel d'acacia et de sureau, et nous le servir. Cette doucereuse intro précédait une remarquable madeleine lactée, surmontée d'un biscuit madeleine au sucre muscovado, un siphon de lait parfumé au foin, une confiture de lait et une glace à la vanille torréfiée ! Ce dernier élément va venir perturber la grande qualité de cette préparation. À ma connaissance, il existe toute une pléthore de variétés de vanille qui développent chacune des parfums délicats très spécifiques à leur origine. Dès lors, je ne comprends pas pourquoi torréfier la vanille pour lui apporter un goût de brûlé. Les Mexicains doivent être consternés !
Le dessert va marquer une première au niveau de mes découvertes papillaires grâce à une préparation à base de petits pois. On y ajoute un granité à la cardamome verte, cosses de petits pois et vanille. Je n'ai pas plus d'info à son sujet et je suppose, quand je le visionne, qu'il y a d'autres composants restés dans l'ombre descriptive. Reste que cette suave gourmandise est très bien conçue et se consomme sans aucun problème. Toutefois, niveau découverte, je n'ai pas ressenti la même envolée qu'avec la Carotte Vichy de Jacques Décoret.
Dernière émotion doucereuse, les 2 mignardises : Nantais et Bille de rhubarbe, sirop de magnolia et siphon au poivre de Timut. Le premier nommé m'a confirmé que certes bon, ce dessert identitaire lié à la préfecture de Loire-Atlantique tient bien au corps ! J'ai préféré le second, plus léger, plus parfumé et bien sûr plus digeste.
Dommage qu'il nous faille parcourir plus de 2 heures de routes départementales pour rejoindre cette nouvelle table étoilée* qui en vaut la peine (culinairement et pécuniairement), autrement nous y ferions halte plus souvent. Mais une seconde n'est pas exclue ...
* Je rappelle à ce sujet que c'est le restaurant qui en est honoré et non son chef comme le précise ce communiqué de Michelin : https://guide.michelin.com/fr/fr/article/features/l-etoile-michelin-tous-ses-secrets-partie-1 !
Mais nous vivons à une époque où à l'instar de certains véhicules, la carrosserie de beaucoup trop de chefs est plus importante que le moteur qui les anime. Et en Loir-et-Cher, nous ne sommes pas épargnés, car nous avons une sacré tête de pont !
La Pomme d'Or
Chef & propriétaire : Yann TOURNIER - Salle, sommelière et propriétaire : Justine HEUZÉ
Cheffe pâtissière : Eva AMEDJKANE
1 rue de la Panneterie
18300 SANCERRE
Tél. : 02 48 54 13 30
Email : [email protected]
Site : https://lapommedorsancerre.fr
Ouvert : Mercredi au samedi, midi et soir - Dimanche midi
